Dans le cadre des « États généraux de la bioéthique 2026 : Science, Santé, Solidarités », Généalogistes de France a été auditionnée le mardi 10 février 2026 sur les tests ADN généalogiques. Interdits en France, ces tests ADN, dits aussi récréatifs, pourraient faire l’objet d’une légalisation prochaine et c’est du point de vue professionnel que se sont ainsi exprimés Cédric Dolain, Président, et Margaux Delaunay, Secrétaire générale, sur le sujet.
Devant une dizaine de membres du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (éthiciens, sociologues, médecins, philosophes, généticiens, …), Généalogistes de France a porté une position qui se veut mesurée, sur un sujet de société sensible mais passionnant, aux multiples enjeux.
Si la France s’avère le seul pays européen à pénaliser depuis 2011 les tests ADN généalogiques, il faut noter que, paradoxalement, à ce jour, près d’un million de Français en auraient déjà réalisé un. Les raisons semblent être essentiellement de deux ordres, relevant de l’intime et de la construction de soi :
- L’aspect dit « récréatif »: pour retrouver des cousins éloignés, identifier un ancêtre inconnu, explorer sa lignée maternelle ou paternelle…
- Le droit à connaître ses origines : notamment pour les personnes nées sous X, issues d’une procréation médicalement assistée (PMA) dans un cabinet privé, à l’étranger ou adoptées internationalement.
Face à ce constat, en tant que professionnels, il ne nous appartient pas d’exprimer notre opinion (légaliser / ne pas légaliser) mais plutôt d’aborder le sujet en tant qu’experts. D’un point de vue professionnel, en cas de légalisation, il semble, pour Généalogistes de France, que des garanties fortes doivent être apportées par le législateur sur :
- Le respect de la vie privée et des décisions familiales
Lors d’une recherche généalogique par test ADN, deux intérêts s’opposent : l’intérêt de la personne à l’origine de la recherche qui dispose d’un droit à connaître ses origines d’un côté, et la protection de la vie privée du parent recherché (protégée par l’article 9 du Code civil et l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme) de l’autre. Ce dernier ne doit pas être oublié.
- L’hébergement et la protection des données personnelles
Aujourd’hui, la réalisation de ces tests se fait en ligne, auprès de laboratoires étrangers (essentiellement aux Etats-Unis). En cas de légalisation, nous alertons sur le nécessaire travail à réaliser sur l’hébergement et la protection des données des tests qui seraient réalisés en France. Nous soutenons l’idée d’un régime juridique permettant le développement sous contrôle d’une offre domestique de tests génétiques de filiation à des fins personnelles. Organiser le marché permettrait de le réguler tant pour la protection des données, que pour l’utilisation des matériaux biologiques et des analyses génétiques.
- Le respect de la filiation sociologique :
Avec une fiabilité supérieure à 99,9%, les tests ADN constituent un outil scientifique puissant pour établir ou contester une filiation (ex : reconnaissance de paternité). Demain, si les tests devaient être légalisés, de réels bouleversements seraient à attendre, avec des implications juridiques multiples (remise en cause de droits familiaux et droits successoraux par exemple). Face au nombre de conflits familiaux que cela ne manquera pas de créer, nous rappelons ici l’importance des filiations juridiques telles qu’entendues par le législateur français : la vérité biologique ne prime pas systématiquement sur la vérité sociologique ou la stabilité familiale.
- L’accompagnement par des professionnels
Qualifiés de « récréatifs », ces tests fournissent des résultats qui peuvent être lourds de conséquences, tant sur le plan personnel qu’émotionnel. Ils peuvent révéler des secrets (adoption, naissance par don de gamètes, filiation biologique non conforme à la filiation juridique, etc.) ou annoncer l’arrivée d’une maladie (prédispositions génétiques), bouleversant ainsi plusieurs existences : celle de la personne ayant réalisé le test et celle de ses proches. Face à ce risque, il nous semble indispensable que, en cas de légalisation, ces personnes puissent être accompagnées par des professionnels à même d’analyser de manière certaine les résultats obtenus et d’accompagner le demandeur sur le plan personnel en cas de révélation inattendue.
D’autres acteurs seront auditionnés sur le sujet, en parallèle de la consultation citoyenne qui en débattra au sein du CESE. Une synthèse des contributions sera publiée en juin et l’avis du Comité consultatif national d’éthique est attendus pour le mois de novembre. A suivre !